Ecouter son cœur (pour de vrai)

« Ecoutes ton cœur », combien de fois t’a-t-on conseillé cela ? Une invitation à suivre son intuition ? ses émotions ? Ecouter le cœur plutôt que la tête, lorsque celle-ci  montre ses limites, son incapacité, sa confusion.. ? La sagesse populaire, les enseignements spirituels, les techniques de développement personnel, de tout bord on t’invite à écouter ton cœur. Ça peut paraitre abstrait. Idéaliste ?

Alors toi, écoutes-tu ton cœur ? L’as-tu déjà écouté…pour de vrai ? Moi ça m’est arrivé pour la première fois dans une pharmacie.

Ecouter le coeur physique

Le cœur, cet organe palpitant, source de vie,  celui qui s’agite ou s’apaise selon ce que l’on vit, pense, ressens. Le mien, je l’ai rencontré dans une pharmacie (quel beau symbole, non ?). Il y a la queue à la caisse, une longue queue. Dans l’attente mon regard se perd dans les rayons alentours.  J’aperçois au gré du hasard…des stéthoscopes ! Oui c’est en vente libre.  Au pied du rayon, une chaise. Je suis fatigué… Eureka, je vais attendre mon tour…en écoutant mon cœur !

Révélation

Des années de pratique de Dharana, la concentration sur un point fixe physique ou mental, Ô combien j’ai pratiqué. Self inquiry, la quête du Soi, retour à la source-même de la pensée, Ô combien je pratique. Des états de grâce, la trêve d’un mental omniprésent, Dhyana, j’en fais parfois l’expérience. Mais à part lors de rares fois où l’expérience est totale dans chaque cellule et chaque recoin de la conscience, c’est dans ma tête que je suis, c’est dans les méandres du monde mental que je navigue. C’est là-haut que mon énergie se concentre. Et là, quelque chose de différent se passe, profondément différent. Révélation.

Musique

Soudain, sur cette chaise de pharmacie, j’enfonce le stéthoscope de luxe (114eur) dans mes oreilles, et place le capteur contre ma poitrine. La musique de mon cœur se révèle.  La profondeur du battement, l’élasticité organique de ses ventricules, ce son de velours en mon sein, cette alternance ininterrompue ;

Depuis quand bat-il ainsi ?

Quand cessera-t-il de battre ?

Peu importe.

Il me ramène ici et maintenant, lui il ne construit pas de château en Espagne, il est là et il bat, il fait son travail, et il me parle.

« C’est là que ça se passe. »

Et tout en moi converge vers lui.

Au fur et à mesure du temps qui coule, qui bat, il s’apaise, mon esprit aussi.

« Enfin il m’écoute. »

Enfin Je m’écoute.

Lui et moi ?

Je suis mon cœur,

Enfin il est moi, une partie de moi,

La pompe à vie de ce corps, et plus encore.

Je suis peu à peu témoin de ma propre intériorisation, sans forcer. Ici Drishti, le point de concentration, c’est lui, c’est mon cœur. Ici Dharana devient facile. Je reste dans mon cœur.

« J’ai toujours été là. Reste ici. Reste ici.

Car c’est dès que tu t’éloignes que tout se brouille, et s’agite.

Restes ici, apprends à rester, c’est là ton refuge, c’est là que Je suis, c’est là que nous sommes.

Vis depuis ici,

Parles depuis ici,

Agis depuis ici, et vois,

Vois ou cela te conduit.

Sens combien il y a pour toi ici,

Sens, tranquillement,

Et demeure.

Cesses de chercher ailleurs, c’est ici.

Ramana Maharshi place le siège de la conscience individuelle dans le cœur, au chakra Anahata, Ajna chakra étant alors le siège du mental. Il dit que le silence auquel on accède, dans lequel on retourne ici dans la paix du cœur, c’est cela l’enseignement ultime, sans mot. A cet instant-là, je lui donnais raison, je le comprenais.

Ipod VS Heartpod

Après des minutes incalculables, je sors doucement de cet instant intime, paie mes articles (dont un stéthoscope, évidemment ! le premier prix à 12eur!),  je sors dans la rue. Toutes ses oreilles branchées sur des ipods et autres lecteurs mp3, je suis frappé. « Ipod », littérallement, « branché à « je ». Mon esprit ne fait qu’un tour. Mon stéthoscope est un  « heartpod », « branché à mon cœur ».

Je dégaine mon stéthoscope, et me mets à écouter mon cœur dans la rue. Tout à coup, je réalise la présence de mon cœur, et la présence du cœur de tous ceux qui m’entourent, ici et maintenant dans cette rue. C’est magnifique. Je me sens plus proche de chacun que jamais. Sentiment d’humanité.

Alors, je me branche à « je » ou à  mon cœur ? Qu’est-ce que j’écoute ? De la musique ? mes  pensées ? ou mon cœur ? Et si on se mettait à écouter son cœur pour de vrai ?

Le cœur des enfants

Cette année je travaillais dans une école le vendredi après-midi, animation en temps périscolaire. Le vendredi qui a suivi ma rencontre avec mon cœur, j’ai emporté le stéthoscope à l’école. Je l’ai dégainé pendant la pause. Ce fut un succès inimaginable. Une bonne vingtaine de gosses ont fait la queue pour écouter leur cœur. Certains d’entre eux étaient catalogués « difficiles » ou « très agités » par l’équipe enseignante et les animateurs (dont moi-même). Ils se sont pourtant prêtés à l’expérience. J’ai eu la chance de voir leurs yeux se fermer pour écouter leur propre cœur. J’ai eu la chance de voir leur visage s’apaiser. Et le temps s’arrêter. Dharana. Victoire !

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